Compte rendu de la mission humanitaire au Burkina Faso du 23 août au 4 septembre 2014.

Deux participants :

  • M. Didier Calvez, dentiste ;

  • M. Patrick Gaillègue, magicien et logisticien.

Deux précédentes missions avaient été organisées au Burkina Faso, en 2012 et 2013. Gynécologie, médecine générale, cardiologie, pneumologie, infirmières, logisticien et « candide » : ces missions avaient permis, en collaboration avec le Père Vincent, de réaliser plus de 350 consultations dans les dispensaires voisins de Kokologo, dans les villages placés sous sa responsabilité.

À cette occasion, nous avions transporté en urgence, avec Mme Christiane Deydier, gynécologue, une petite prématurée nommée Ouaogo, de 1,8 kg, à l’hôpital de Ouagadougou. Sauvée de justesse grâce à la collaboration de tous et à l’intervention du centre de prématurés de la capitale, c’est, au moment de ce récit, une très jolie petite fille de 4,5 kg prénommée Christiane.

La visite des prisons

Première expérience : Madagascar en 2012. À cette occasion, j’ai ressenti la détresse de ces adolescents et adultes, souvent incarcérés sans jugement pour des délits mineurs. Par exemple, un vol de poule est puni de dix ans d’emprisonnement.

Je pense au petit Patrick Sitrakiniaina, âgé de onze ans, dont le nom reste épinglé au mur de mon bureau. Nous avions fait des démarches dans l’espoir de le voir dirigé vers un centre pour adolescents, alors qu’il était emprisonné avec 380 adultes.

La photographie montre la MACO, prison de Ouagadougou, avec les T-shirts offerts par l’Athlétique Club de Cannes.

Des contacts téléphoniques entre M. Didier Calvez et moi nous avaient préparés à ce programme. Voici donc dans quel esprit j’ai organisé cette mission. M. Didier Calvez était, comme moi, prêt à intervenir dans les centres pénitentiaires ; il avait une expérience précédente à la prison d’Amboust, avec deux autres dentistes, en 2012.

Une autorisation officielle d’accès, pour des activités récréatives et des soins dentaires, nous avait été délivrée par le directeur général de la sécurité du ministère de la Justice. Elle concernait les maisons d’arrêt de Ouagadougou, Yako, Kokologo, Koudougou et Ouahigouya.

Sans plus attendre, nous sommes allés, dès le premier jour, à la MACO : 900 détenus, 35 femmes et 30 adolescents. En présence du médecin responsable, du major infirmier et des infirmiers, nous avons organisé les consultations.

Après une matinée de soins, M. Didier Calvez ne souhaitait plus intervenir pour des raisons de sécurité, en raison de la présence du VIH, de la tuberculose et d’autres pathologies.

Son expérience précédente à la prison d’Amboust, à Madagascar, ne me préparait pas à une telle réaction et nous fermait toutes les portes des centres de détention.

Je regrette qu’à ce moment-là, nous n’ayons pas eu l’idée d’utiliser ses compétences pour faire du dépistage, donner des notions d’hygiène afin de prévenir les pathologies, et montrer aux responsables du centre que nous étions réactifs et que nous ne les abandonnions pas.

Le Père Vincent nous ouvrait ensuite les portes de son dispensaire, mais nous apprenions qu’un accord récent de l’ordre des dentistes de la capitale devait être obtenu pour exercer, diplôme en main. Le Père Vincent n’était pas informé de cette nouvelle mesure, qui lui parut plus que surprenante au vu de son expérience dans ce domaine.

Effectuer des soins au dispensaire de Kokologo paraissait alors impossible. Mais les cinq autres prisons nous donnaient encore un champ d’action intéressant, avec des structures plus petites et des détenus plus jeunes.

L’activité magie

C’est avec joie et bonheur que j’ai, une fois de plus, joué mon rôle de magicien devant ces spectateurs oubliés de tous.

À la MACO de Ouaga, j’ai retrouvé mon ami M. Frédéric Ouedraogo, inspecteur de sécurité pénitentiaire. Il organise le rassemblement des 800 détenus et m’informe que je suis attendu.

C’est toujours avec un pincement au cœur que je me dirige vers cette grande porte en fer, qui termine un mur périphérique de 3,5 mètres de hauteur. À l’intérieur, je perçois des murmures et des voix étouffées. Puis le garde ouvre un judas et, après deux tours de clé, je me retrouve seul au milieu d’une marée humaine dont tous les regards sont braqués sur moi.

Je crie en fendant la foule : « Dinamori ! Dinamori ! Magicien ! Magicien ! », afin de créer un contact. Aussitôt, cris et rires fusent. Ouf ! Ça marche !

Assis aux premiers rangs, debout sur les côtés, ils sont impatients. C’est sans attendre que je débute le spectacle. Je ne puis m’empêcher de m’attarder sur le visage de ces hommes, parfois en guenilles.

Un groupe compact de femmes, mises à l’écart sur ma gauche, paraît très intimidé. J’ai appris par la suite qu’elles n’avaient jamais été regroupées avec les hommes.

Le tour du papier déchiré me donne l’occasion de choisir un détenu, un « dur », et de créer un contact plus long : il repartira avec un chapeau en papier coloré sur la tête, sous les rires amicaux de ses copains.

Les tours se suivent, au milieu d’eux, encerclé et heureux de partager ces moments de joie. Faire oublier un bref instant sa maladie, son isolement, ses différences : voilà mon objectif.

Puis un gardien me demande d’interrompre subitement le spectacle. Je pousse un grand cri aigu, repris par la foule.

Le matériel distribué

Durant ces dix jours de mission, nous avons distribué plus de 350 savonnettes du parfumeur Fragonard, que je remercie une fois de plus. Merci à toi, Sylvie : tu as fait briller bien des yeux et ravi bien des nez !

Des jouets mécaniques, des peluches et des poupées : merci à la société Axe de Mougins pour sa générosité. Deux ballons de football, six de handball, ainsi que des vêtements pour nourrissons, enfants, hommes et femmes.

Un grand merci à l’Athlétique Club de Cannes pour les T-shirts neufs, si appréciés par l’équipe de football du centre, et à M. Paul Longoni. Une belle photographie, prise par le directeur de la MACO, accompagne ce compte rendu.

Liste du matériel laissé sur place :

  • 450 stylos et 15 blocs de papier : un moyen de communiquer avec l’extérieur et, pour les jeunes, de suivre des cours ;

  • pour les infirmiers et les médecins : six stéthoscopes, quatre tensiomètres, un testeur de glycémie et quatre otoscopes ;

  • au centre de détention pour jeunes de Laye : des blocs de papier et du matériel de bureau — calques, décalcomanies, crayons de couleur.

Le centre de Laye reste une formidable chance pour ces jeunes délinquants de suivre une formation, en plomberie ou en électricité, et de se réinsérer dans une nouvelle vie. Merci à Mme Florence Palm pour votre sympathique accueil et votre si gentil mot de remerciement.

Au total : 46 kg de fret en soute, plus 8 kg en cabine.

J’allais oublier les 200 euros remis au Père Vincent pour la maman de la petite Christiane, de la part du Dr Deydier. Il les lui donnera toutes les semaines pour nourrir son enfant.

Les remerciements des directeurs des prisons me vont droit au cœur et m’encouragent dans mon rôle, qui n’est pas toujours compris, mais toujours apprécié par les spectateurs et les responsables de l’encadrement.

Un mot pour Jacques, notre chauffeur discret et patient : sans lui, rien n’aurait été possible.

Un grand merci à Henri, le directeur de la Villa Kaya, notre hôtel particulier de deux chambres, qui nous a si bien reçus et que je recommande dans ce récit.

P.-S. : un regret, l’absence de consultations et d’interventions sanitaires dans les six centres de détention.

Message de Frédéric Ouedraogo

Message du responsable de sécurité pénitentiaire de la MACO, maison d’arrêt et de correction de Ouaga :

Merci à toi de donner du plaisir à ceux qui en ont le plus besoin. Par ce geste, tu nous aides à gérer notre établissement, car la routine crée la mauvaise humeur, la tristesse et l’ennui, qui sont mères de tout vice. L’illusion donne à l’homme l’espoir dans lequel le rêve est permis. Et la magie exprime bien ce rêve qui produit l’espoir sans lequel la vie serait insupportable. Continuez ainsi : vous êtes sur la bonne voie et vous pouvez compter sur nous. Encore merci. J’espère que le voyage s’est bien passé et que vous avez retrouvé les vôtres en bonne santé. À bientôt.