Par la suite, je suis parti avec l’association humanitaire SCAMT du Dr Blaive, généraliste.
Cette association a pour vocation l’acheminement de matériel médical, de vêtements et de médicaments récupérés dans les hôpitaux et cliniques. Elle est intervenue pendant la guerre du Kosovo.
La zone d’action : l’Albanie, la Croatie, la Bosnie et le Kosovo.
Notre terrain : les camps de réfugiés.
Souvent entassés, dans des bidonvilles, voire des usines désaffectées, nous avons rencontré une population meurtrie par la guerre, des familles déchirées, écartelées et trop souvent oubliées de tous. La plus marquée : la population rom, c’est-à-dire « gitane ».
Ils étaient rejetés de tous, car isolés par petits groupes sur des terrains vagues sans aucune commodité. Ils attendaient en vain des secours. L’action du Dr Blaive fut remarquable et sans elle un bon nombre seraient morts de froid.
Ramasser du bois leur était interdit car les forêts, encore truffées de mines, interdisaient toute approche.
Notre véhicule, un vieux camion de la médecine du travail, fit des merveilles. Chargé à bloc, parfois rafistolé, il répondit toujours présent aux nombreux voyages faits entre les Alpes-Maritimes et ces pays si proches de nous.
La population de type européen me donnait un sentiment de culpabilité encore plus marqué et mon incompréhension à ce conflit me paraissait encore plus absurde. Chacun souffrait dans son coin, les villages des uns avaient été détruits par les autres et vice versa.
La destruction d’un clocher nous signalait la présence passée d’une population chrétienne. Sur le bord des routes, de petites bougies protégées dans des verres teintés en rouge marquaient l’emplacement d’un drame humain.
Une grande photo, souvent un adolescent au regard perçant, figé dans un costume militaire trop grand pour lui nous regardait tristement. Sur sa tête une casquette marquée par un énorme insigne donnait à cet enfant l’air ridicule.
Les femmes et les enfants ont payé un lourd tribut à cette guerre et nous avons fait de nombreux déplacements avec le Dr Blaive et son équipe de chauffeurs d’un camp à un autre pour les réconforter.
Je compris alors que l’action humanitaire avait ici un autre visage et qu’approvisionner en bois ces familles pouvait être aussi utile que bien d’autres actions.
Je n’oublierai jamais notre joie quand nous avons vu au loin toutes ces cheminées qui, éteintes depuis plusieurs années, redonnaient la vie à ces pauvres villages. Cela voulait dire que ces vieillards et ces jeunes enfants allaient enfin pouvoir se réchauffer et manger chaud.




